je soutiens moi-meme, misanthrope, pas aigri, vitrollais, de gauche, la vraie, utopiste, emmerdant parfois,
mauvais caractère, mais fidèle en amitié
mon pire ennemi = moi , ma qualité, fidèle en amitié, et j'ai trop de doigts sur une main pour avoir des "amis"
pour me comprendre, il faudrait connaître ma vie.
Juillet 2002
Dans les milieux autorisés, le bruit circule que le Conseil d'État annulera les élections municipales de Vitrolles de mars 2001. Au PS, les manoeuvres commencent. Tichadou, l'homme dit providentiel (celui dont nous disions beaucoup de mal, ce qui nous valait l'opprobre du PS) n'est plus en odeur de sainteté. Un putsch se prépare qui avance le pion Guy Obino, soutenu par Guérini (président du conseil général) et d'une partie du PS vitrollais.
29 juillet
Le Conseil d'État annule les élections en raison de l'influence sur le scrutin qu'a eu un tract diffamatoire et nauséabond contre Rossi (le candidat 2001 unique de la droite) et pour lequel le premier adjoint de Catherine Mégret (Bovero) est mis en examen. Les autres points du recours déposé par Tichadou et RLF Vitrolles (via un camarade) ne seront pas examinés.
Août 2002
Rossi, blessé (à juste titre) par la campagne précédente ne se représente pas. Deux postulants se déclarent : Borelli (RPR), personnalité opaque et peu charismatique, Porte (DL), deuxième sur la liste Rossi en 2001 et élu actuel.
3 septembre 2002
Le PS national, dans sa grande bonté et poussé par son immense préoccupation pour le destin de Vitrolles, décide enfin (on est à trois semaines et demi du premier tour) de donner son investiture à Obino. Le premier tour aura lieu le 29 septembre. Les forces sont enfin en place. Six listes vont s'affronter devant les électeurs vitrollais (contre cinq en 2001).
Catherine Mégret/sans étiquette MNR mais sous la surveillance omniprésente de son mari
La campagne sombre dans le pathos (affiches « Votons Catherine », avec un grand coeur rouge, et Catherine serrant sa fille sur son coeur ; tracts proclamant « Catherine, la candidate la plus sympa »). Distribution d'une cassette simulant une interview officielle à sa grande gloire. On remarque notamment qu'elle mène cette campagne en ne tenant plus la mairie (peu de gros bras, affichage adverse qui reste en place...).
Elle devrait être déclarée inéligible en novembre par la cour de cassation. Son mari tient la sixième place, ce qui lui permettra de disparaître de Vitrolles et de rester élu à Marseille en cas d'échec, mais de se faire élire maire aujourd'hui ou à la suite de l'inéligibilité de sa femme en cas de victoire de la liste. D'ailleurs, il est aujourd'hui beaucoup plus présent qu'elle dans cette campagne.
Claude Bourge/FN
Ex-MNR, ex-adjoint de Catherine Mégret. Pas de campagne, quelques tracts essentiellement contre les Mégret. Il circule quasiment seul sur les marchés (ce qui lui vaudra d'être agressé et de passer plusieurs jours à l'hôpital). Il n'est visiblement là que pour piquer des voix aux Mégret et tenter par là d'aider à les abattre.
Christian Borelli/UMP
Un choix qui laisse à penser que la volonté à l'UMP de prendre Vitrolles n'est pas ferme. Aucun travail de terrain depuis mars 2001. Il est accusé dans les médias d'avoir été condamné, par le passé, pour proxénétisme hôtelier et braquage à main armée. Grosse campagne, gros moyens, il fustigeait la gauche et parlait d'insécurité.
Henri Michel Porte/UDF
Ex-DL, opposé à la candidature de Borelli. Il a obtenu l'investiture de l'UDF et le soutien de François Bayrou. Aucun travail de terrain depuis mars 2001. Notable, médecin vitrollais, homme réputé consensuel, petite campagne honnête.
Guy Obino/PS-PC-Verts-PRG-Pôle républicain
Investi le 3 septembre par le PS, ce qui interdit toute campagne et mobilisation avant cette date. Hormis le PC, aucun travail de terrain depuis mars 2001, liste soutenue par l'ensemble des partis de gauche et intégrant quelques « sociétés civiles ». Obino a eu un chemin politique chaotique, il a été bonapartiste puis communiste, puis à droite pour rejoindre le PS et être élu adjoint d'Anglade en 1995. Parmi le personnel de mairie, le souvenir qu'il a laissé est une réputation d'autoritarisme. Médecin, il se prend pour un lord anglais. Il mène une grosse campagne, soutenue par Guérini (président du conseil général) et Vauzelle (président du conseil régional)
Dominique Tichadou/ex-candidat PS de mars 2001
Blessé, voire haineux d'avoir été évincé lors du putsch de juillet au PS. Il se présente comme le chantre du milieu associatif (milieu qu'il avait clairement et verbalement méprisé en 2000, 2001). Très clientéliste (il a envoyé, au titre de son mandat de conseiller général, une lettre aux habitants du quartier des Pins, promettant d'investir auprès de l'OPAC pour effectuer moultes réparations et sécurisations attendues depuis près de dix ans !). Il se présente comme le sauveur de Vitrolles (c'est son recours, payé de sa poche, qui a fait annuler les élections). Son objectif affiché : faire plus que Obino.
Il faut noter que 100 % à gauche/Résister ne représente pas de liste mais distribue un tract dans lequel l'ensemble des candidats est présenté comme « tous pourris » et appelle implicitement à l'abstention. 1
Résultats du 29 septembre
- Abstention : supérieur à 33 %.
- Mégret : supérieur à 26 % (peut se maintenir).
- FN : supérieur à 2 %.
- UMP : supérieur à 12 % (peut se maintenir).
- UDF : supérieur à 5 %.
- PS : supérieur à 31 % (peut se maintenir).
- Tichadou : supérieur à 15 % (peut se maintenir).
30 septembre 2002
Dès lundi matin, Porte (UDF) appelle à voter pour la liste Obino, la seule capable de battre les Mégret, « ce que la gauche a fait pour la présidentielle, nous nous devons de le faire pour Vitrolles ». Sans ambiguïté.
Tichadou (qui comptait faire beaucoup plus de voix) proclame la nécessité de fusionner avec Obino mais tente de négocier avec Borelli. Borelli se retire, sommé par Gaudin, mais ne donne aucune consigne de vote (Gaudin : « Nos électeurs savent ce que nous devons faire et connaissent nos valeurs »). Obino refuse toute négociation avec Tichadou.
1er octobre 2002
In extremis, Guerini obtient (comment ?) que Tichadou se retire en soutenant officiellement Obino. Deux listes (sans modification de leur composition par rapport au premier tour) sont déposées pour le deuxième tour du 6 octobre : Mégret et Obino.
Mauvais scénario
Cela saute aux yeux, les trois enclaves d'extrême droite que représentent Marignane, Orange et Vitrolles sont, de manières différentes, assez utiles à une partie de la classe politique. D'ailleurs, cette élection n'a pas suscité l'ombre d'une prise de position nationale à droite comme à gauche avant le premier tour.
Ces trois villes servent de repoussoir à cette classe politique dans un contexte qui se dégrade de mois en mois.
Au conseil régional PACA, la survie de Mégret (avec sa haine - réciproque - pour Le Pen) permet de contrer le président du FN et sert à l'empêcher de prendre éventuellement la région, en 2004.
Deux faits nous semblent corroborer notre hypothèse. Les non consignes de vote de Gaudin qui, rappelons-le, a gouverné cette région avec le FN voilà une dizaine d'années. Et le sens des propos de Vauzelle (actuel président de la région) qui, lors du meeting d'Obino le 1er octobre, a tenu un discours « sabotant » presque l'initiative tant il tapait furieusement sur la droite. Pourtant, la présence dans la salle de colistiers de Borelli et d'électeurs de droite était notoire. Menacé de perdre la région cet automne, son discours avait tout ce qui était nécessaire afin d'« éviter » les reports de voix de l'UMP.
Conclusion provisoire
Si les Mégret perdent Vitrolles, c'est leur mort politique. Et ce ne sera que grâce à un sursaut des électeurs vitrollais et en dépit de la plupart des partis politiques. Mais, ne l'oublions pas, la fin du MNR renforcera le FN. Le combat antifasciste est hélas, loin d'être fini, lui !
1 : Ndlr : le tract incriminé, très critique sur les stratégies des partis politiques tant à droite qu'à gauche, se terminait en fait par une consigne de vote : « battre les Mégret et voter pour les listes républicaines ».
Dernière minute... : Ouf !
1 211 voix d'écart et c'est la fin de l'aventure des Mégret à Vitrolles. La liste Obino recueille plus de 54 % des voix. Seuls, quelques conseillers municipaux du MNR seront présents lors des réunions du conseil, ce qui est loin d'assurer la visibilité et l'avenir du parti nationalement. La survie régionale du parti n'est pas non plus assurée, avec cette défaite et la prise de distance avec le MNR de Daniel Simonpiéri, maire de Marignane. Nous avons d'ailleurs une pensée pour nos camarades marignanais qui subissent toujours la politique d'un maire d'extrême droite, dans une indifférence quasi générale.
A Vitrolles, la fête va sûrement se prolonger tard dans la nuit. Le café le Sous-marin, fermé par la mairie mégretiste voici bien longtemps, assure l'ambiance musicale. Et dans le camp de la victoire, on chante à tue-tête « Elle est, elle est, elle est dans l'avion ! »...
Ralph Rond