« Ça y est, la rénovation du Parti socialiste est en marche ! La preuve : depuis le début de l’année 2008, la cage du majestueux escalier d’honneur de la rue de Solférino où trônent les portraits des grandes figures du parti et qui mène au bureau du premier secrétaire a été entièrement repeinte. Un joli rose saumoné, très classe. Il fallait bien commencer par quelque chose », grince Jean-Michel Normand qui décortique avec délices les us et coutumes du PS. Des us et coutumes derrière lesquelles se cachent les guerres de chapelles entre éléphants, les luttes de pouvoir pour les postes, et le « chacun pour soi ». De préférence en tapant sur ses petits copains…
Un exemple ? La manie des surnoms que se donnent les socialistes entre eux. Vachards, bien sûr ! De « Culbuto » pour François Hollande, à « la Dame aux Caméras » (Ségolène Royal) en passant par « Dark Vador » (Laurent Fabius) ou « la mère Tape-dur » (Martine Aubry) et « Lang de Blois » (Jack Lang), personne n’y échappe. Les socialistes ont de quoi s’habiller entre eux pour les cent prochains hivers à venir… « Les haines recuites s’expriment aussi à travers les surnoms et ce n’est pas un hasard si Laurent Fabius, qui ferraille depuis plus de trente ans au plus haut niveau du PS, est l’un des plus prolifiques créateurs de sobriquets », raille Normand. Ironique, il précise qu’hériter de l’un des ces sobriquets n’est pas forcément un mauvais point : « c’est un gage de notoriété et la reconnaissance d’un certain statut ». S’il le dit…
Le fantôme du père François
Une habitude qui cache en fait l’absence de dynamique politique et c’est bien là où le bât blesse. « Personne n’exige des socialistes qu’ils jettent par-dessus les toits leur folklore plus que centenaire. On leur recommande seulement de gommer ce léger complexe de supériorité (…). On se permet aussi de leur suggérer de se mettre au travail et de condescendre à parler des choses qui intéressent le bon peuple ».
En clair : que les socialistes arrêtent de se concentrer sur la prochaine présidentielle qui n’a lieu que dans quatre ans ! Et qu’ils donnent un contenu à leur projet en se prononçant sur l’éducation, la dette publique, les choix énergétiques, la politique d’immigration… Compris ? Pas sûr… « Au pays merveilleux du PS, tous les enjeux, même les plus minimes, sont systématiquement lus et décodés à travers le prisme de la présidentielle. », balance l’auteur du Petit socialiste illustré.
Conséquence : les gueules de bois électorales au niveau national s’enchaînent, l’absence de ligne cohérente se fait tous les jours un peu plus criante. Et il devient de plus en plus difficile que les socialistes parlent d’une seule voix ! Le fonctionnement du parti socialiste - celui de la rue Solférino et non des élus locaux qui enregistrent des succès retentissants aux élections locales - s’est largement dégradé, remarque, sarcastique, Jean-Michel Normand, « depuis le temps où le père François [Mitterrand] faisait marcher tout le monde à la baguette ».
Mitterrand, justement. Il flotte, rue de Solferino, une profonde mélancolie des années 1980 marquée par l’accession du PS aux affaires nationales : « La période mitterrandienne, celle de l’exercice du pouvoir et du PS version gothique flamboyant, suscite un bourdon empreint d’une nostalgie bien compréhensible dans un parti tricard à l’Élysée depuis que Tonton en a franchi le perron pour la dernière fois ». CQFD.
Depuis Mitterrand - ce qui fait quand même treize ans depuis sa disparition ! - les socialistes sont à la recherche du « petit père du peuple » qui leur fait aujourd’hui tant défaut. Chacun joue des coudes pour tenter de s’imposer. Vu la situation actuelle, il y a du boulot !
Au PS, point d’idées fraîches
D’autant plus que les ambitions sont vives chez les aînés comme chez les petits jeunes. Entendez les quadras du parti : Manuels Valls, Pierre Moscovici, Vincent Peillon ou encore Arnaud Montebourg. « Cela fait trop d’années que les quadras piaffent d’entrer en jeu, mais les plus âgés, ceux qui trustèrent les meilleures places sous l’ère Jospin, ne veulent pas rentrer aux vestiaires ».
Les quadras devront donc patienter : « l’ascenseur social(iste) est brusquement tombé en panne » en 2002. « Derrière leur goût pour la provocation se dissimule une profonde amertume générationnelle », qui explique pour beaucoup « leurs parcours sinusoïdaux et leurs positionnements à géométrie variable ». Pourtant, sans renouvellement du personnel politique, point d’idées fraîches au PS !
D’ailleurs, les courants sont de moins en moins des écoles de pensée et ont tendance à se transformer en simples écuries présidentielles. Où le but du jeu - toujours le même ! - consiste à choisir le bon cheval et faire en sorte qu’il soit sur la grille de départ du Grand Prix.
« Engueulez-vous les uns les autres ! », réclame Normand comme un cri du cœur. « De belles engueulades, des empoignades dont on se souviendra, des prises de bec en bonne et due forme… tout bien considéré, c’est peut-être ce qu’il faut souhaiter aux socialistes ». Du mouvement, des idées, des échanges directs et non par média ou par livre interposé. Comme le rappelle, le journaliste du Monde, les « plus belles victoires » des socialistes - 1981 et 1997 - « furent acquises après de sévères explications sur une ligne politique et pas seulement égocentrique ». Le reste suivra. Compris, les socialistes ?
En avant-première, Bakchich vous propose deux pages extraites du Petit Socialiste illustré.
LANG DE BLOIS
« Au temps de sa splendeur, lorsqu’il appartenait encore a la direction du PS et n’avait pas perdu son fauteuil de maire de la pre´fecture du Loir-et-Cher lors des élections municipales de 2001, Jack Lang était « Lang de Blois ». Ce qui, il faut en convenir, est un jeu de mots un peu facile. Le toujours sémillant Jack, en effet, n’est pas celui qui pratique la langue de bois la plus systématique. Et lorsqu’il s’y re´sout, il le fait avec maestria, ciselant des phrases totalement creuses mais qui sonnent joliment, avec plein d’adjectifs formidables. Désormais député du Pas-de-Calais, l’ancien ministre de la Culture a fait ami-ami avec Nicolas Sarkozy en prenant une part active au Comité Balladur pour la réforme des institutions en tant que vice-président. Hélas, malgré tous ses efforts de persuasion, ce grand juriste n’a pu parvenir à convaincre les parlementaires du PS de se rallier au projet présidentiel. Du coup, « Jack » a été soupçonné de pratiquer le dédoublement de personnalité. Docteur Jack, l’opposant socialiste, icône de la gauche, cohabiterait avec Mister Lang, incapable de faire son deuil des ors de la République, taraudé par l’ouverture sarkozyenne. »
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« Alors, social-démocrate, réformiste, progressiste ? Il n’existe pas de mots pour dire le projet de société du PS et cette carence témoigne parfaitement de l’apesanteur idéologique dans laquelle évoluent les socialistes français. Car ce dont ils souffrent, c’est d’un déficit de doctrine. Ils sont devenus sociaux-démocrates, mais sont les seuls à ne pas le savoir. Faute d’avoir théorisé leur ralliement à l’économie de marché, à la reconnaissance des contraintes internationales ou à la nécessité de repenser le fonctionnement de l’État providence, ils se sont privés d’une boussole qui leur aurait permis de se définir autrement que par rapport à la droite. Alors qu’il s’agissait de l’acte fondateur d’une mutation profonde de la gauche française, le « virage de la rigueur » de 1983 fut présenté comme une simple « parenthèse » par Lionel Jospin. Aux dernières nouvelles, elle n’est toujours pas refermée. À son crédit, le même Jospin fut l’un des seuls, au PS, à tenter de faire phosphorer les cerveaux socialistes en engageant une réflexion face au blairisme émergent. En 1997, fraîchement arrivé à Matignon, il proposa de distinguer l’économie de marché (qu’il fallait assumer) de la société de marché (qu’il fallait condamner). Faute de combattants, la réflexion n’alla guère plus loin. »
© Jean-Claude Gawsewitch Éditeur
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L'Association de reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l'immigration et au séjour (Ardhis) a alerté 
