Aubry, la pragmatique?
Par haly-jade,
A quatre mois du Congrès de Reims, où sera désigné le successeur de François Hollande à la tête du Parti socialiste, les rapprochements se nouent au sein du parti de la rose. L’axe réformiste d’un côté (Martine Aubry et Pierre Moscovici) et l’axe social-libéral de l’autre (Bertrand Delanoë et Ségolène Royal). Pas moins de 21 contributions ont été déposées en vue de la refonte idéologique du PS (soit 250 pages de texte). Seule la maire de Lille a en ses pouvoirs la capacité de mettre tous les éléphants du PS d’accord. C’est en tout cas ce qu’affirme le député PS de Seine-Saint-Denis Claude Bartolone: Martine Aubry "a la capacité de rassembler autour d'elle", souligne-t-il avant d’ajouter "Il est indispensable pour le PS d'avoir une majorité stable et large".
L’enjeu est de taille. Et l’union fait la force. Ainsi les querelles
mises de côté, le maire de Paris Bertrand Delanoë et la présidente de
la région Poitou-Charente font désormais bloc ensemble pour défendre la
"présidentialisation du parti" contre la ligne "réformiste"
impulsée par Martine Aubry et Pierre Moscovici, dont l’objet est
d’imposer une primaire à l’américaine pour désigner le candidat qui
défendra les couleurs du Parti Socialiste à la présidentielle de 2012. "Il nous a semblé possible de se rapprocher",
disent-ils. Seul bémol, les proches de François Hollande ne l’entendent
pas de cette oreille: Ils ont lancé un appel commun avec les autres
signataires de contributions, dans le quotidien Libération "pour un Parti socialiste cohérent et solidaire".
La guerre de chefs
Deux enjeux majeurs au Parti Socialiste: la succession de François Hollande et la désignation du candidat socialiste pour la présidentielle de 2012. C’est le Congrès de Reims de novembre qui tranchera. Après les 21 contributions de divers courants, les cadres du parti de la rose se déchirent à nouveau pour le choix de la ligne idéologique majoritaire du parti. Une cacophonie s’est ainsi amorcée entre la ligne "réformiste" de Martine Aubry et de Pierre Moscovici, qui ne laisse pas de place à "la présidentialisation du parti" et qui prône une primaire à l’américaine; et l’axe présidentiel incarné par Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, tous deux dans le peloton de tête des sondages d’opinion devant la maire de Lille et le député du Doubs.
Mais le premier secrétaire actuel du PS, François Hollande, veut lui aussi sa part du gâteau. Il n’a pas renoncé à 2012 et l’a fait savoir lundi dernier dans les colonnes de Libération par le biais de ses proches et des autres signataires de contributions du parti (notamment Pierre Mauroy), qui ont lancé un appel commun "pour un Parti socialiste cohérent et solidaire" en vue de faire émerger un pôle majoritaire. En outre, ces derniers prennent majoritairement leur distance avec le tandem Aubry-Moscovici, choisissant les militants socialistes comme arbitres centraux au Congrès de Reims: "Les militants du PS doivent rester les seuls dépositaires, par leur vote, du choix du candidat pour l'élection présidentielle. Cette option n'exclut pas la perspective, dans un second temps, d'une primaire avec les autres partis de gauche".
Alors que le député de Paris Jean-Marie Le Guen et Jean-Christophe Cambadélis balayent d’un revers de mains l’éventualité d’une ligne menée par François Hollande: "François Hollande a sa place dans la majorité", juge Jean-Marie Le Guen avant de lui apporter un coup de grâce sanglant "Mais ce n'est pas à lui de la faire" car il a ,selon lui, fauté: "Nous critiquons son bilan". De son côté, Pierre Moscovici ajoute son grain de sel: "Il faut refuser l'immobilisme perpétuel". Un clan s’est donc dessiné, celui de Martine Aubry et de Pierre Moscovici épaulés par Le Guen et Cambadélis qui ont à cœur de tirer sous leurs griffes Laurent Fabius afin d’apporter du poids à la voie "réformiste".
Aubry seule capable de rassembler?
Le député PS de Seine-Saint-Denis Claude Bartolone, proche de Laurent Fabius, a pour sa part jeté le dévolue du Parti Socialiste dans les mains de l’ancienne ministre et de la maire de Lille Martine Aubry. Il voit en elle la seule pragmatique capable "de rassembler autour d'elle des gens qui n'ont pas toujours été d'accord". Un rassemblement qui s’impose, selon lui, pour endiguer la cacophonie et les querelles internes ,au sein du parti de la rose, qui exaspèrent les Français: "Les socialistes doivent montrer qu'ils peuvent travailler ensemble pour donner envie aux Français de se retrouver dans un projet porté par la gauche", ajoute le député PS.
Mais la pragmatique désignée a aussi ses propres ambitions. Ainsi Aubry comme Moscovici ont encore et toujours dans leur tableau de chasse le premier secrétariat du PS. Sans compter leur souhait commun de briguer la candidature du parti à la présidentielle de 2012: "Nous ne préjugeons de rien, même si chacune de nos contributions a à l'évidence sa préférence sur le candidat au poste de premier secrétaire. Notre choix devrait être celui de l'efficacité au sein de ceux qui auront initié le changement".
La guerre de chefs reste donc omniprésente au PS. D’autant plus que Martine Aubry arrive juste derrière Ségolène Royal dans les sondages de popularité ( et est jugée "présidentiable" par les grands élus PS), et que Moscovici ne renoncerait à sa candidature pour la succession de François Hollande pour rien au monde: "J'espère, légitimement, avoir sur ce point le soutien de tous les signataires de sa contribution "Besoin de gauche". Quel motion l’emportera?
Bertrand Delanoë et Ségolène Royal pour 2012
Les deux présidentiables du PS, chouchous des militants socialistes, font désormais cause commune pour imposer le choix du premier secrétaire comme candidat du parti à la présidentielle de 2012.
Forts de leur avance dans les sondages d’opinion, le maire de Paris et la présidente de la région Poitou-Charente se font désirer et laissent venir les autres prétendants. A l’image de Pierre Moscovici qui estime qu’il est "juste de parler" avec Bertrand Delanoë. Martine Aubry pour sa part laisse la porte entre-ouverte au maire de Paris, par contre, un rapprochement entre la maire de Lille et l’ex-candidate à la présidence semble irréaliste au vue de leur relation.
Pendant ce temps, les lieutenants de Ségolène Royal (Vincent Peillon, Jean-Louis Bianco etc.) déploient à tort leur force dans une tribune parue hier dans Le Monde, en fustigeant Nicolas Sarkozy et ses méthodes entre autres celles employées pour faire voter la réforme des institutions. Ces proches de la présidente de la région Poitou-Charente nient ainsi "l'antisarkozysme pavlovien" dénoncé par Manuel Valls et d’autres députés Ps, pour blâmer la "droite décomplexée": "La politique d'un tel pouvoir ne se divise ni ne s'épluche comme les quartiers d'une orange. Elle est un bloc. Nous nous opposerons chaque fois que nécessaire. Il ne faut pas confondre la fermeté avec le sectarisme".
"la prochaine direction doit mettre au point un pacte de rassemblement s'adressant à tous ceux qui veulent reconstruire le PS et la gauche"
Le député PS de Seine-Saint-Denis Claude Bartolone est soucieux de voir le train de la reconstruction du PS se mettre en marche. Stop les divisions et les divergences. Il appel ainsi les cadres du PS à unir leurs forces pour rassembler le parti et favoriser une refonte idéologique. Le député regrette par ailleurs les négligences portant sur le travail fourni: "Nous aurions pu mettre davantage le parti au travail".
Une refonte idéologique qui passe par un travail de fond et non sur la forme, estime Claude Bartolone. Ainsi, il tape au passage sur François Hollande qui n’a pas su gérer ni le parti ni ses troupes: "depuis dix ans, il y a eu trop de moments où la tactique a prévalu sur le fond", souligne-t-il avant d’expliquer "Nous aurions pu avoir une démarche plus collective pour désigner notre candidat à la présidentielle et ne pas le voir imposé par les médias et les sondages".
« Cheminer en Poitou-Charentes, découvrir au fil des routes une de ses