Les socialistes ont toujours été à l’avant-garde du combat pour la laïcité au point d’en faire un des marqueurs identitaires de la nouvelle Déclaration de principes. La question laïque reste d’actualité dans un contexte marqué par le retour du religieux et les coups de canif de la droite conservatrice au pouvoir, au pacte républicain.
Plusieurs intervenants devaient donner un point de vue sur un sujet passionné et passionnant. Il s’agissait de Jean-Luc Mélenchon, Olivier Dussopt, Nadja Vallaud-Belkacem, les journalistes Caroline Fourest et Alain Gresh. D’ailleurs, le débat fut passionné et passionnant.
Après une évocation de l’histoire du combat pour la laïcité. Jean-Luc Mélenchon a rappelé que la liberté de conscience était un des piliers de la République et que selon la loi, celle-ci était indifférente aux religions. Ce qui était une relation différente des acceptions communément admises comme la notion de neutralité. Pour lui, la neutralité entraîne l’égalité de traitement suscite une intervention du politique dans la sphère religieuse notamment en ce qui concerne la construction de lieux de cultes.
Le combat laïque n’est pas une vieille querelle de « bouffeurs de curés ». Elle est aussi un combat philosophique car il porte sur la liberté de ne pas croire. La laïcité est nécessaire car la religion procédant du dogme, est par nature incompatible avec l’idée de république et de démocratie puisque dans la république et la démocratie, les croyances ou les convictions procèdent de la raison, d’une confrontation d’idées, de projets de stratégies, d’un choix qui peut être temporaire et soumis à des contradictions.
De ce fait, si les religions ne sont pas compatibles, les croyants eux sont disposés à évoluer dans un espace public dans lequel il y a à la fois toutes les croyances et aucune. C’est la raison pour laquelle, il faut une loi commune, définie par tous, si on veut qu’elle soit applicable et appliquée par tous.
La laïcité est un combat permanent car elle constitue le cadre de notre manière d’appréhender le religieux or, le monde bouge. Si nous affublons la laïcité d’épithètes comme « ouverte » ou « positive », on finit par affaiblir le concept, par lâcher prise ce qui a des répercussions dans nos lieux de vie ou l’on risque une réduction de l’espace public. Cela vaut aussi pour les choix politiques qui sont en jeu dans l’ordre international.
Dans notre époque confrontée à la mondialisation et à des relectures de l’Histoire, il importe de dire que le relativisme culturel n’a pas sa place en politique dans la mesure où il y a des valeurs avec lesquelles on ne transige pas.
S’agissant du débat sur les lieux de cultes, il a été rappelé que si l’Etat était responsable de leur entretien, les communautés religieuses était responsables de leurs bâtiments. On se leurre en imaginant que la lutte contre « l’islam des caves » et « l’intégrisme » passe par la construction de mosquées sur fonds publics car si on peut intervenir dans la construction, il est impossible d’intervenir dans la sélection des prêcheurs ou le contenu de leurs prêches.
Olivier Dussopt estime que les élus ne doivent pas reconnaître les chefs religieux comme des interlocuteurs publics. C’est une des expressions de « l’indifférence » contenue dans l’esprit de la loi de 1905. Celle-ci indique que les mairies sont responsables de l’entretien des lieux de cultes. Il est à noter qu’aujourd’hui, la France finance cet entretien dans la même proportion que l’Allemagne…
Alain Gresh, après être revenu sur le contexte de l’élaboration de la loi de 1905, des débats de l’époque, a invoqué l’actualité de la déclaration qu’avait fait Jean Jaurès lors de ce débat : « la question qui se pose, c’est la question sociale : il nous faut apaiser la question religieuse pour poser la question sociale. »
Caroline Fourest a dressé un panorama des postures et des réponses possibles.
Aujourd’hui, il y a une posture de la laïcité positive, à laquelle on ajoute des épithètes. C’est une des expressions de l’ultralibéralisme – favorable à l’Etat minimal – qui consiste à déléguer aux communautés religieuses la gestion des politiques de lien social pour que l’Etat se désengage. Il existe une offensive pour revenir en arrière. Dans une partie des milieux catholiques, des forces sont à l’œuvre. L’action d’Emmanuel Mignon auprès de Sarkozy a été déterminante dans ce mouvement. On peut se féliciter de son départ.
Il existe de faux amis de la laïcité. Un Philippe de Villiers s’est transformé en militant de la laïcité uniquement dans le cadre de son combat face à l’Islam.
A l’adresse d’une partie de l’extrême gauche, il faut rappeler qu’on ne peut pas lutter contre l’intégrisme catholique et soutenir un islam radical que l’on amalgame à la théologie de la libération, au nom de la prétendue lutte contre l’impérialisme américain.
Il faut une laïcité contre tous les intégrismes qui sont des instrumentalisations de la religion.
Aujourd’hui, lorsque l’on parle de laïcité, on parle du rapport entre universalisme et diversité multiculturelle.
Il faut penser l’islam comme on pense le judaïsme et le catholicisme. Ce qui est difficile tant les pièges de récupérations racistes sont nombreux.
Aujourd’hui, l’école publique est en danger. Cinq cents communes en France n’ont pas d’école publique. Le gouvernement va solliciter l’école privée, essentiellement catholique.
La priorité doit être donnée au service public, au social et au culturel, et non à la privatisation au profit des religieux.
Les collectivités locales de gauche sont suffisamment nombreuses pour que les socialistes y fassent vivre la république. Sarkozy ne parviendra pas à ses fins si les élus de gauche se mobilisent.
C’est le moment de faire revivre une laïcité généreuse et la république sociale.



En décidant avec Marc Dolez de faire cause commune pour le prochain congrès (voir communiqué à la note précédente) nous avons été bien inspiré. Du moins ne dépendons-nous plus des rebondissements du mariage des carpes et des lapins de l’étrange attelage des prétendus «reconstructeurs». Ainsi nous sommes en mesure d’éviter que le choix au congrès du parti socialiste soit limité à l’alternative ou bien Ségolène ou bien l’un des représentants de la variété de sociaux libéraux avoués et fiers de l’être ! Depuis, on nous a harcelé pour connaître nos intentions et savoir à qui nous serions prêts à nous associer. Et avec celui-ci et avec celle là ? Et patati et patata. Le syndrome du poisson rouge ayant largement contaminé le petit monde anxieux des bêtes de congrès, la mémoire politique de tout un chacun doit être reconstruite toute les trois minutes. Comme pour le poisson rouge, toujours curieux de savoir ce qui se cache derrière le rocher autour duquel il tourne pourtant sans trêve. Trois minutes. C’est aussi le maximum que fixe une conscience politique alimentée par le spectacle médiatico politique. Que c’est épuisant. Et rageant ! Tout ce que ce blog comporte de note à ce sujet, tout ce que déclare jour après jour le blog de Trait d’union est pourtant là ! N’empêche. Soit. Donc je mets les points sur les i un peu plus loin dans cette note, afin que nul n’en ignore. Nous voulions être autonomes et indépendants, bref libres. Nous le sommes.
Samedi, à la Rochelle, j’animais avec Najat Belkacem, Caroline Forest et Alain Gresch un atelier intitulé « La laïcité à la croisée des chemin ». On nous avait confinés dans une petite salle à l’étage. Il y vint foule et le service d’ordre refoulait au pied même de l’escalier qui y conduisait. Pendant ce temps la salle plénière était vide. Je me suis demandé la raison de cette étrange organisation si dissuasive. Quand le débat a commencé j’ai compris. Je crois que le PS n’avait pas trop envie de s’exposer. D’ailleurs, le responsable en titre du sujet au parti n’était pas là. Sujet chaud. Que penser de la révision de la loi de 1905, du rapport Machelon quand on a du mal à être clair sur les principes philosophiques à l’œuvre. Le différencialisme et le communautarisme ont fait des ravages considérables dans nos rangs. Significatif : nombre de personnes qui intervenaient depuis la salle se présentaient en donnant une carte d’identité quasi ethnique « je suis untel homosexuel chrétien », « je suis une telle de culture « arabo musulmane » et ainsi de suite. Une thèse très dangereuse a aussi beaucoup avancé chez nous : celle selon laquelle la collectivité doit prendre en charge l’édification des lieux de culte. Et chaque fois qu’elle est reprise il est toujours question de « dissoudre » la radicalité de l’islam des caves. Quelle sottise ! Il n’y a que l’islam en panne de locaux ? Et comment croire un instant que la nature du local de prière fait le contenu du discours ? Mes amis ont filmé tout le débat et il devrait être bientôt mis en ligne sur internet. Le site du PS fait un compte rendu. Je rappelle que mes conférences sur le discours de Latran et le choc des civilisations sont eux aussi en ligne sur internet pour ceux qui s’y intéresse. J’ai hâte cependant que ce débat soit disponible en images. J’ai trouvé Caroline Forest très percutante et très claire. Gresch interpelait beaucoup. Najat posait bien les termes du débat qui nous préoccupe au PS. Je sais que c’est dans ces contradictions d’énoncés et de solutions proposées qu’on forme son jugement de la façon la plus structurée. Là ce fut un moment de bonheur intellectuel. Puis il fallut retourner sur le parvis brulant sur lequel se jouait le festival « off » de la Rochelle, celui qui a effacé le « on ». Des journalistes (c’est leur métier) des militants qui veulent rentabiliser en information de première main l’investissement qu’est leur présence (ils paient près de 500 euros pour être là), des touristes qui suivent l’actualité m’ont tellement questionné sur mes intentions d’alliance ! Comme si c’était une obligation de s’allier pour faire un bon congrès du point de vue des idées que nous défendons en commun avec Marc Dolez ! Mais je comprends bien qu’on m’interroge. Il régnait une telle ambiance de rebondissements et intrigues ! Quand on suit le fil des dépêches de presse, d’heure en heure les alliances se retournaient, s’emmêlaient et ainsi de suite. Je faisais figure de martien avec mes amis puisqu’on ne se souciait de rien. Mais pour être honnête la gauche du parti avait disparu de la photo. Le cœur de l’intrigue était fourni par les turbulences produites par la pulvérisation de l’ancienne majorité du parti. Le récit se lit dans toute la presse. 
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