je soutiens moi-meme, misanthrope, pas aigri, vitrollais, de gauche, la vraie, utopiste, emmerdant parfois,
mauvais caractère, mais fidèle en amitié
mon pire ennemi = moi , ma qualité, fidèle en amitié, et j'ai trop de doigts sur une main pour avoir des "amis"
pour me comprendre, il faudrait connaître ma vie.
LE BLOG DE CLAUDE RIBBE
30 août.
Au nom de la France, ne laissez pas tuer Kenneth !
Kenneth Foster a été transféré hier soir à Huntsville, lieu où l’exécution est prévue pour cette nuit. Fait rarissime, les détenus de la prison où il se trouvait jusqu’ici se sont révoltés pour protester contre cet assassinat. Des mesures de sécurité exceptionnelles ont dû être prises.
Au moment où j’écris ces lignes, le gouverneur Kerry n’a pas encore fait savoir s’il accorde ou non un sursis et je pars au quai d'Orsay plaider la cause de Kenneth auprès du directeur de cabinet de Rama Yade.
J’ai demandé ce matin à M. Nicolas Sarkozy, président de la République, ainsi qu’à Rama Yade, secrétaire d’État aux Droits de l’Homme, de me recevoir dans la journée avec Fatou Tirera, qui anime le comité français de soutien à Kenneth, pour solliciter une intervention de la France auprès de George Bush.
Ce soit à 18 heures, nous demanderons à être reçus par l’ambassadeur des États-Unis à Paris. Soyez nombreux à nous rejoindre à cette heure là place de la Concorde. Tant de têtes y sont tombées : c'est un endroit symbolique . Nos amis de la presse sont bien évidemment les bienvenus.
Si Kenneth est exécuté, il a demandé que nous allions disperser ses cendres en Afrique. Ce serait une honte d’en arriver là sans avoir rien tenté. Au nom de la France, ne laissez pas tuer Kenneth Foster !
28 août
Lettre ouverte à Monsieur Nicolas Sarkozy,
Président de la République française.
Monsieur le Président de la République,
Permettez-moi d’attirer votre attention sur le sort d’un jeune homme qui va mourir après-demain d’une mort injuste, mais que vous pouvez encore sauver.
Ce jeune homme s’appelle Kenneth Foster. Il n’a pas trente ans. Il doit être exécuté jeudi 30 août au Texas. Seule une grâce accordée par votre homologue, M. George Bush, président des États-Unis d’Amérique ou par le gouverneur du Texas, M. Rick Perry, peut arrêter le bourreau. Cette grâce, vous pouvez la demander. Il ne m’appartient pas de juger si vous devez le faire. Mais ce geste serait en tout cas légitime, venant d’un pays comme la France dont l’attachement aux droits de l’homme cimente l’identité et assure le rayonnement.
Je me permets donc de solliciter votre intervention dans ce sens.
J’espère que vous ne me soupçonnerez pas de communautarisme si j’ajoute que Kenneth Foster est un Afro-Américain et que cette affaire dégouline de racisme. La peine de mort aux États-Unis est, comme vous le savez, une peine sélective qui frappe particulièrement les minorités. C’est encore plus odieux.
Kenneth Foster est condamné à mort non pas pour avoir commis un crime, mais parce qu’il serait coupable de meurtre «par association». Les faits remontent à 1996. Il conduisait simplement une voiture. L’un des passagers en est descendu. Un coup de feu a retenti. Le passager est revenu, affolé. Kenneth Foster a démarré en trombe. Un meurtre avait été commis. Kenneth Foster ne pouvait pas le savoir au moment des faits. Encore moins le prévoir. Le meurtrier, un Afro-Américain lui aussi, a été condamné à mort et exécuté. Mais pour le meurtre d’un « Caucasien », comme on dit la-bas, la justice du Texas réclame encore une tête, celle de Kenneth Foster.
Je suis opposé à la peine de mort et fier d’être citoyen d’un pays qui partage cette réprobation au point de l’avoir solennellement inscrite dans sa constitution.
Kenneth Foster n’était peut-être pas un ange au moment des faits. On l’accuse d’avoir détroussé des passants avant ce meurtre qu’il n’a pas commis. C’est possible. Mais après dix années passées dans un pénitencier américain, j’estime qu’il a assez payé, à supposer qu’il soit coupable de ce délit.
Kenneth Foster n’est pas un de nos compatriotes. Mais j’ai lu sous la plume de M. Kouchner, notre ministre des Affaires étrangères, que nous avions un devoir d’ingérence lorsque les droits de l’Homme sont violés en n’importe quel endroit de la planète. L’exécution légale d’un innocent me paraît entrer dans ce cadre. Vous êtes d’ailleurs intervenu naguère pour sauver la vie de femmes qui n’étaient pas non plus nos compatriotes mais qui risquaient, tout comme Kenneth Foster, d’être légalement assassinées.
J’ai lu dans la presse que vous aviez d’excellentes relations avec le président des États-Unis d’Amérique et que ce dernier vous estimait.
Permettez-moi de vous rappeler, en cette année du bicentenaire de La Fayette, membre de la société des Amis des noirs, que notre histoire nous autorise parfaitement à solliciter la clémence de nos amis américains et à leur rappeler que la République française condamne le racisme, l’injustice et la peine de mort. Ces principes animaient nos compatriotes embarqués pour combattre aux côtés de Washington. Parmi ces Français, il y avait aussi des «gens de couleur», comme on disait à l’époque. J’ai consacré ma vie à rappeler ce genre de détails.
Monsieur le Président de la République, je lis encore dans la presse que vous êtes un père attentionné. En tant que père, j’éprouve moi-même une peine immense à l’idée que Nydesha, la fille du condamné, âgée de 11 ans, et qui n’a connu son père qu’en prison, puisse imaginer qu’il sera exécuté dans 48 heures et que ceux qui pouvaient faire quelque chose n’auront pas bougé. Je suis sûr que vous partagez ce sentiment. Rien que pour elle, votre démarche se justifierait.
Curieusement, je suis à ce jour le seul intellectuel français a avoir élevé une protestation contre l’exécution annoncée de Kenneth Foster. Mais j'ai l'habitude de briser les murs de silence à coup de plume. Parfois, je suis remercié à coups de pierres, mais le mur est tombé. Mon cri d'indignation a été entendu par le petit comité français qui s’est spontanément formé et qui me fait aujourd’hui l’honneur d’être son porte-parole auprès de vous. Il a été aussi entendu au-delà de l’océan par des compatriotes journalistes, mais cela ne suffit pas.
Je supplie donc le Président de la République, mais aussi le Français, le père et l’homme, d’intervenir aujourd’hui même pour solliciter la grâce de Kenneth Foster ou, à titre subsidiaire, un sursis d’un an à son exécution.
Cette démarche, si vous acceptez de l’entreprendre, peut ne pas aboutir. Mais ce serait tout à votre honneur d’avoir fait ce geste. J’en éprouverais, soyez en sûr, comme beaucoup de mes compatriotes de toutes opinions, de toutes couleurs et de toutes origines, une immense fierté.
Vous pouvez rassembler tous les Français sur cette seule cause parce qu’elle est juste. Et le monde entier vous approuvera.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon profond respect.