L'affaire Minvielle met en lumière le désintérêt du pouvoir pour les droits des homosexuels. Jean-Luc Romero déplorait dans les colonnes de Libération vendredi dernier que "la majorité préfère laisser trainer jusqu'au moment où on arrive à des cafouillages". "Elle évite ces questions en se disant qu'elles ne sont pas essentielles", estime le conseiller régional UMP d'Ile-de-France, en délicatesse avec son parti depuis quelques mois.
On sent bien à travers la réaction de Gay Lib, le mouvement gay interne à l'UMP, qu'une imaptience - pour ne pas dire un doute - s'empare des homosexuels qui ont cru aux promesses électorales de Nicolas Sarkozy et qui ne voient rien venir un an après son installation au pouvoir. "La situation inutilement blessante, humiliante et discriminante, dans laquelle se trouve notre compatriote Frédéric Minvielle aurait pu être évitée si l’Union - que nous voulons ouverte à tous les couples et qui pose le principe de l’égalité en droits et en devoirs avec les effets du mariage civil (hors filiation) - était déjà une réalité", considère Gay Lib qui presse la Ministre de la Justice de mettre "vite" en oeuvre ce projet inscrit dans le programme de Nicolas Sarkozy et de l'UMP.
Frédéric Minvielle lui-même, confie avoir voté Sarkozy et se trouver dépité aujourd'hui. "Je suis de droite, j'ai voté pour Sarkozy, il a montré qu'il était pour l'ouverture" en prenant des membres du Parti socialiste dans son gouvernement, "j'aimerais bien qu'il s'ouvre sur la question des homosexuels", déclare Frédéric Minvielle dans une entretien à l'AFP. "Les droits des homosexuels acquis aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne, la France devrait les reconnaître aussi", ajoute-t-il, espérant que la présidence de l'Union européenne par la France serait "une belle occasion".
L'opposition a beau jeu de souligner l'inaction de la droite sur la question des discriminations qui frappent toujours les homosexuels. Le Parti socialiste a estimé hier que l'affaire Minvielle est une "preuve que le gouvernement français loin de militer pour l'union homosexuelle, considère avec mépris l'égalité des droits et ne cherche même pas à la garantir, ne serait-ce déjà au sein de l'Union européenne".
Alors que le Président de la République est aux commandes depuis un an exactement, il faut bien constater que la question de l'Union civile, tout comme celle du statut du beau-parent, restent en souffrance. Les contacts avec les associations LGBT sont au point mort et il est permis de s'interroger sérieusement sur l'attitude de la majorité face aux revendications homosexuelles pour la suite du quinquenat. "En ce moment, il y a deux tendances, estime Jean-Luc Romero. Celle qu'on entend, c'est la majorité la plus dure. C'est la position de Christine Boutin, très conservatrice sur les questions de société. Dans la majorité, il y a aussi des gens plus ouverts, comme Roselyne Bachelot ou Nadine Morano. Mais cette tendance est trop timide et préfère zapper sur ces questions-là. "A mon avis, c'est une grave erreur. On se retrouve avec des positions ultra-conservatrices, en décalage avec l'évolution des Français".
Le doute plane, en effet, sur la réalisation de promesses faites par le candidat Sarkozy qui doit désormais compter avec une majorité parlementaire qui est loin de considérer l'égalité des homosexuels comme un sujet majeur - quand elle n'y est pas franchement opposée - dans un contexte de difficultés politiques durables. | |