C'était tout à fait inattendu.
Hier le quotidien britannique conservateur "Financial Times" a pris fait et cause pour Barack Obama, dans un éditorial assassin contre Hillary Clinton et dithyrambique pour le sénateur de l'Illinois.
Je ne suis pas forcément d'accord avec tout ce qui est dit dans cet article. Mais, à la veille de la primaire cruciale de Pennsylvanie, il m'a semblé important de traduire ce texte qui fera peut-être la différence demain.
Le voici donc, en français.
Les Démocrates doivent choisir Obama
"Barack Obama part largement favori à la primaire de mardi en Pennsylvanie, pour la nomination du candidat Démocrate à l’élection présidentielle. Cependant, le vote n’est pas acquis.
Ceci est le signe que cette compétition est très serrée et que le parti est profondément divisé. M. Obama et Hillary Clinton sont, tous les deux, de solides candidats et chacun séduit fortement des segments distincts de l’électorat Démocrate. Ceci a augmenté le risque d’une division amère.
Après le vote de mardi, les Démocrates devraient rapidement nominer M. Obama. Ce n’est pas uniquement parce que son avance parmi les délégués élus est d’ores et déjà irrattrapable et que la compétition doit aboutir à une conclusion rapide. C’est aussi parce qu’il est, en fait, le meilleur candidat.
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Les différences politiques entre les candidats semblent faibles et en réalité elles sont même plus faibles encore. Leur désaccord concernant la couverture maladie universelle, par exemple, fréquemment souligné par Mme Clinton, n’a peu de signification pratique. Car l’obligation de s’assurer, proposée par Mme Clinton, ne peut conduire à une couverture universelle qui si des sanctions sont prévues en cas de non respect. Or elle ne défend pas ce type de sanctions.
En fait, les deux candidats proposent une couverture quasi-universelle. Les avantages de leurs plans (accès grandement amélioré, pas de refus d’assurance à ceux à qui remplissent les conditions) aussi bien que leurs défauts (faible contrôle des coûts) sont à peu près les mêmes.
Dans presque tous les domaines politiques, que leur pensée soit bonne (comme un meilleur soutien aux travailleurs déplacés), mauvaise (leur opposition à la libéralisation du commerce) ou trop vague (comme la guerre en Irak), il y a peu matière à choix entre les deux.
Comme tous les électeurs l’ont compris, il s'agit donc d'un affrontement de personnalités, de tempéraments et (malheureusement mais inévitablement) d’identités. Les supporters les plus loyaux de M. Obama, dès qu’ils ont été persuadés qu’il pouvait gagné, ont été des Noirs. Ceux de Mme Clinton, certains dès le début qu’elle gagnerait, sont des femmes.
M. Obama a mené une campagne brillante, en désorganisant son adversaire, en accumulant plus d’argent et en convainquant les Démocrates indécis aussi bien que le pays dans son ensemble qu’il était plus « aimable », plus franc et plus digne de confiance.
Sur la forme, il est un orateur captivant qui sait envouter un large public. Il recherche véritablement le consensus et séduit l’ensemble du parti.
La campagne de Mme Clinton, par contraste, est en pagaille. Elle et son équipe pensait que tout serait fini depuis longtemps ; ils n’avaient pas de plans pour une longue bataille, ont manqué d’argent et ont dû se réorganiser à la hâte.
Son style d’oratrice est terre à terre, quand il n’est pas agaçant. Ceux qui ne l’aiment pas le font avec passion : son taux de désapprobation a débuté haut et, après des mois de campagne, continue de grimper. C’est grâce à sa ténacité et à la loyauté qu’elle suscite dans le parti que son sort n’a pas été scellé il y a plusieurs semaines.
Dans quelle mesure la façon dont une campagne est menée est un indicateur de la capacité d’un candidat à être président, cela est discutable – mais cette façon dit bien quelque chose, surtout si le candidat mène une campagne inadaptée en prétendant être expert en management.
En fait, leurs campagnes ont souligné les forces et les faiblesses des deux concurrents.
Le comportement égal et détendu de M. Obama prouve son sang-froid (…) ; il semble être authentique. Par contraste, les conseillers hyperactifs de Mme Clinton l’ont affublée d’une nouvelle personnalité chaque jour, parfois de plusieurs au cours d’une même interview. Ils ont sorti du placard Bill Clinton, pour rappeler aux gens les années 90, puis l’ont renvoyé aux oubliettes, pour les aider à les oublier.
Trop de changements, pas assez de direction.
M.Obama a commis des erreurs – au sujet de son lien avec Jeremiah Wright, le pasteur démagogue, et plus récemment en faisant des remarques condescendantes à propos de la politique Démocrate dans les petites villes.
Dans le premier cas, il a répondu par un discours magistral sur la question raciale qui lui a peut être même fait gagner des points. Dans le second, il a été évasif et peu convainquant – pourtant le public semble leur avoir laissé le bénéfice du doute.
Les Etats-Unis veulent être un peu enthousiasmés. Elire la première femme présidente aurait pu être très enthousiasmant. Mais pas cette femme – avec son bagage dynastique et son chic pour s’aliéner les indécis – contre cet homme.
Le parti Démocrate a attendu un sacré bout de temps un homme politique comme Barack Obama. Assez longtemps."